Militez global, flottez local

Il y a des amis dont on se passerait volontiers. C'est sans doute ce que doivent se dire les Palestiniens, qui voient leurs prétendus soutiens en Europe se prélasser dans d'incessantes croisières médiatiques, conçues pour ne jamais arriver à bon port et pour se faire arraisonner théâtralement devant un parterre de caméras indignées. Telles sont les Flottilles pour Gaza, chargées de victuailles en attente de destruction et de militants en attente de rapatriement. De nombreuses personnes s'ébaubissent devant ce qu'ils pensent être une épopée héroïque.
De l'héroïsme, il en faut quand même une toute petite couche dans la mesure où le comité d'accueil qui attend ces navires au bout de la Méditerranée n'a que peu à voir avec l'humanisme et la délicatesse. De plus, les militants suisses détenus puis expulsés se voient facturer les frais – certes modestes – liés à la protection consulaire d'urgence par la Confédération. On découvre alors que le Club Med n'est pas aussi cool qu'on l'imaginait et c'est sans doute pour cela que les acteurs symboliques de la cause palestinienne ont décidé de s'éloigner du théâtre des opérations; de pirates de haute-mer, ils se sont fait marins d'eau douce en déployant leur flottille sur le Léman, face à Evian et à ses mondanités mondiales. Escorté de journalistes révérencieux, le gratin du militantisme officiel régional a ainsi connu un instant de gloire, sans que cela améliore substantiellement le quotidien des Gazaouis. Restée en eaux suisses, la manifestation n'a pas été dispersée, mais elle a été étroitement surveillée par la police, ce qui est toujours inconfortable lorsqu'on a le cœur à gauche.
Faudra-t-il se rabattre ensuite sur une solution encore plus locale? La prochaine Flottille pour Gaza voguera-t-elle fièrement, toutes voiles dehors, sur le lac de Sauvabelin?
(Le Coin du Ronchon, La Nation n° 2308, 26 juin 2026)