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vendredi 28 janvier 2000

La chasse aux vieux

La chasse aux vieux est ouverte. Cela dit un peu crûment, mais c'est la réalité: ce XXe siècle finissant1 restera marqué par un acharnement particulièrement cruel envers le troisième âge. Aujourd'hui, on ne poursuit plus seulement les vieux démons, mais aussi les vieux tout court. Maurice Papon, à qui l'humanité reproche d'avoir été fonctionnaire au mauvais moment, n'a pas eu le droit de venir suivre une cure dans les Alpes suisses. Le général Augusto Pinochet, dictateur du mauvais côté de l'échiquier politique, voit ses examens médicaux contestés, alors que n'importe quel «jeune» des banlieues françaises peut échapper à la justice pour raisons psychiatriques. Et maintenant c'est au tour de l'ex-chancelier Helmut Kohl, héros de la réunification allemande, de passer en jugement pour avoir gardé trop d'argent liquide sur lui. Y a plus de respect!

Il ne faut pas croire que ces nauséabonds relents de gérontophobie n'existent pas chez nous: le Programme national recherche 32 étudie depuis huit ans la situation des personnes âgées en Suisse; les chercheurs affirment que celles-ci vivent mieux aujourd'hui qu'autrefois. De prime abord, on se dit que huit ans n'étaient pas nécessaires pour parvenir à ce résultat; puis on comprend que c'est le contraire qui est vrai, mais que ces allégations préparent sûrement le terrain à de nouvelles ponctions fiscales sur les retraites et à une augmentation des primes d'assurance-maladie des rentiers.

Le 12 mars, nous voterons sur une initiative demandant de réduire de moitié le trafic automobile; une des mesures proposées pour y arriver serait de retirer le permis de conduire aux personnes âgées. Le problème, c'est qu'elles sont nombreuses. Un jour, elles se révolteront et descendront dans la rue en scandant: «EMS = SS»!

(Le Coin du Ronchon, La Nation n° 1620, 28 janvier 2000)

1 Un aimable correspondant m'écrit à propos de son réveillon: «De retour sur la Croisette vers minuit, nous avons vibré devant un superbe feu d'artifice. J'étais ému, plein de gratitude de faire les premiers pas dans un nouveau siècle et un nouveau millénaire en compagnie de l'humanité souffrante. (…)» Je ne veux plus polémiquer sur des questions de dates avec des gens qui commencent à compter à zéro. Je retiens par contre avec plaisir qu'il est possible d'accompagner l'humanité souffrante à Cannes plutôt qu'à Calcutta. Ce doit être nettement plus agréable.