Menace sur la Capitale

On a déjà dénoncé ici la regrettable manie de certains communicants médiocres consistant à placer des majuscules au début de chaque mot, par ignorance des règles orthographiques ou par flagornerie à l'égard du client. Par souci d'équité, il est temps d'esquinter aussi ceux qui – par snobisme, par petitesse d'esprit, ou parce qu'ils croient que c'est à la mode – s'ingénient à n'employer que des minuscules dans des noms propres, raisons sociales ou sigles.
Le mal surgit généralement dans la création d'un logo où le graphiste, pour d'obscures raisons, se dit que les lettres minuscules «font joli». Qu'on aime ou qu'on n'aime pas, c'est son droit. Mais ensuite, l'entreprise ou l'organisation qui a acheté le logo (haut de gamme mais bas de casse), ou, pire encore, de tierces personnes, se croient autorisées, voire obligées, d'écrire ladite raison sociale en minuscules dans des textes courants. Lorsqu'on leur fait remarquer que l'orthographe exige une majuscule (ou des majuscules), on reçoit chaque fois la même réponse: c'est le choix de cette organisation, on doit le respecter.
Comme si une organisation, aussi respectable soit-elle, avait le droit de faire des choix contraires à l'orthographe!
Imagine-t-on M. Bernard Bolomey, brave homme et honnête citoyen, déclarer à l'état-civil qu'il a choisi de s'appeler dorénavant bernard bolomey?
Ou notre Canton, contraint à la rigueur budgétaire, exiger que les dictionnaires, les encyclopédies historiques et l'administration fédérale écrivent à l'avenir vaud? (En couleur rouge et dans un corps décroissant…)
Il faut, une fois pour toutes, distinguer entre un logo – choix graphique où un sigle apparaît dans une police, dans une couleur et dans des proportions librement choisies – et un texte courant où ledit sigle se conforme au contexte typographique et aux règles orthographiques, que ça lui plaise ou non.
Face à la menace (hybride, forcément), rétablissons la grandeur de la Capitale!
(Le Coin du Ronchon, La Nation n° 2315, 2 octobre 2026)