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Vendredi 10 juillet 2026

Le Progrès sans progression

Qui eût cru que la gauche, toute la gauche, fût opposée à la progressivité de l'impôt?

La progressivité veut que plus notre revenu est élevé, plus nous devons en donner à l'Etat un pourcentage élevé (le même système s'applique par analogie à la fortune). Quelqu'un qui gagne bien sa vie peut se voir réclamer 30% de ce qu'il gagne. Une personne plus modeste paiera peut-être 10%. Ceux qui gagnent très peu ne paieront pas très peu, mais rien du tout, car la gauche est persuadée qu'ils constituent la base de son électorat. Notre système fiscal est ainsi conçu pour faire des cadeaux aux pauvres et pas aux riches. Après tout, cela peut se défendre.

Le corollaire évident, c'est que si l'on s'aperçoit que l'Etat a prélevé trop d'impôts – disons par exemple 12% – le remboursement sera aussi progressif. Pour celui qui a versé à l'Etat un énorme tas d'argent, 12% représentent forcément plus que pour celui qui n'a payé qu'un écot modeste (mais qui sera tout de même heureux qu'on lui en rembourse 12%). Et ça représente beaucoup, beaucoup plus que pour celui qui n'a rien payé du tout à la collectivité (et qui, de ce point de vue, s'en tire plutôt bien).

On croyait que la progressivité était un système progressiste. Eh bien pas du tout! Le Parti socialiste vaudois, le Parti ouvrier et populaire, les Vert.e.s vaudois.es. (il y a aussi un point à la fin, quelqu'un sait pourquoi?), Ensemble à Gauche, l'Union syndicale vaudoise, la Fédération des sociétés de fonctionnaires vaudois et plusieurs autres syndicats et fédérations de syndicats se sont exprimés ensemble pour dire tout le mal qu'ils pensent de l'initiative populaire sur laquelle les Vaudois se prononceront le 27 septembre, et qui demande de réduire de 12% l'impôt cantonal de chacun. Le communiqué dénonce un «mécanisme profondément injuste» parce que «plus on gagne, plus on possède, plus on reçoit». L'auteur de cette belle formule oublie soigneusement de rappeler que plus on gagne, plus on possède, plus on paie. Mais si la gauche oublie de mentionner cela, c'est sans doute que ce n'est pas important, et qu'on pourrait donc changer le système. Au fond, ce que demande la gauche, c'est un système fiscal véritablement équitable où chacun paierait exactement le même pourcentage de son revenu. Cela existe dans plusieurs pays d'Europe de l'Est et d'Asie centrale. Ça s'appelle la flat tax. Une partie du mécanisme reste profondément injuste puisque celui qui gagne davantage que les autres continue de payer un montant plus élevé. Mais c'est tout de même un grand pas vers davantage d'égalité. A bien y réfléchir, il faut remercier la gauche de son intéressante proposition.

(Le Coin du Ronchon, La Nation n° 2309, 10 juillet 2026)