Articles   |    La Nation
vendredi 17 mai 2002

Tarif postal des journaux: comme une peau de chagrin…

La Confédération subventionne l'expédition postale des journaux en vertu des dispositions de la loi fédérale sur la Poste et de son ordonnance d'application. Cette subvention s'ajoute à divers rabais offerts par la Poste pour des envois en nombre, conditionnés et triés.

Depuis plusieurs années, la Confédération tente de diminuer le nombre de ces subventions en introduisant des critères d'octroi plus restrictifs. En 1996, le nombre minimum d'abonnés donnant droit au tarif des journaux a été relevé de 100 à 1000. Quatre ans après, la Poste a ajouté de nouvelles exigences de vérification du fichier des abonnés. En cinq ou six ans, le nombre de journaux bénéficiant du tarif réduit a passé d'environ 7000 à un peu plus de 3000 pour toute la Suisse. Pour beaucoup de petites publications, les frais d'expédition ont pris l'ascenseur de manière dramatique.

Aujourd'hui, une nouvelle révision de l'ordonnance est à l'étude. Une restriction supplémentaire vers le bas serait imposée: les publications demandant à bénéficier du prix préférentiel devraient avoir un rythme de parution au moins hebdomadaire. Une limite vers le haut serait aussi introduite: les tirages supérieurs à 300'000 exemplaires ne recevraient plus la subvention fédérale. Le Conseil fédéral espère ainsi recentrer son aide à la presse sur les titres régionaux. Le nombre de titres subventionnés tomberait cette fois à 2800.

L'idée d'une limite supérieure peut paraître judicieuse lorsque l'on sait que les journaux connaissant les plus forts tirages (ceux de grandes coopératives commerciales ou de clubs automobiles) accaparent une part importante de la manne fédérale. Mais une subvention dégressive résoudrait ce problème de manière plus élégante qu'une limite abrupte et arbitraire.

Quant à l'exigence d'un rythme de parution hebdomadaire, elle constituerait un nouveau coup bas inadmissible contre les titres les plus intéressants de la petite presse: La Nation bien sûr, mais aussi toute la presse associative et d'opinion. Ce sont ces titres qui ont le plus besoin de pouvoir acheminer leurs exemplaires à bas prix. En les dédaignant, la Confédération prouverait une fois de plus que ses subventions sont distribuées à mauvais escient.

(La Nation n° 1680, 17 mai 2002)