Armaillis mais piètres héros
Les trois sociétés d'armaillis de la Gruyère, de la Haute-Gruyère et de la Veveyse ont menacé de boycotter la journée fribourgeoise de l'Exposition nationale, le 18 mai prochain, si Coop ne retirait pas sa plainte contre les paysans qui ont organisé le blocage des grands magasins de la chaîne en novembre dernier.
Ce «petit chantage», pour reprendre le titre bien senti de 24 heures, ne sert pas la cause de la paysannerie. On l'a déjà écrit ici à propos d'autres affaires: quelqu'un qui enfreint la loi pour des raisons impérieuses, parce qu'il est persuadé que l'infraction évitera un mal encore plus grand, doit assumer ensuite les conséquences de sa décision. Si des agriculteurs s'estiment menacés par la politique des grands distributeurs au point de commettre à l'encontre de ces derniers des actes de contrainte illégaux, s'ils considèrent que la situation est suffisamment grave pour justifier le recours à la force, alors ils doivent aller jusqu'au bout de leur logique et admettre que les commerçants lésés déposent plainte – ce qui ne préjuge d'ailleurs pas de l'issue de la procédure.
En s'offusquant que la police ait relevé les immatriculations de leurs tracteurs et en exigeant de ne pas être poursuivis, les armaillis fribourgeois refusent de prendre leurs responsabilités et réclament en quelque sorte le droit à l'héroïsme sans danger et à la bravoure sans risque. Le cas échéant, l'Expo se passera d'eux.
(La Nation n° 1677, 5 avril 2002)