Gilbert Ier et les squatters
Osera, osera pas?
Rien ne va plus entre les squatters lausannois. Celui d'entre eux qui a été élu à la municipalité – appelons-le Gilbert Ier – refuse de prolonger le bail gratuit de ses anciens camarades et menace de les expulser à coups de pelles-mécaniques. Ou de les faire emmener par la police, comme lui-même avait été emmené par la police il y a quelques années, avant qu'il ne devienne chef de la police.
Notre Monsieur Boulot-Dodo se trouve dans une situation bien délicate. Osera-t-il se montrer plus sévère envers des jeunes qui occupent pacifiquement des immeubles qu'envers les automobilistes qui «squattent» sauvagement une case jaune pendant trois minutes? Osera-t-il traiter ces locataires contestataires avec autant de rigueur que des prosélytes de la scientologie? Osera-t-il les jeter à la rue en plein mois de juillet?
Plus grave: osera-t-il défier la presse, qui, complaisante envers tout ce qui crie dans la rue et suspectant toujours gardiens de la paix et honnêtes gens, s'empresse déjà avec tendresse auprès de nos régisseurs alternatifs, photographiant leurs draps barbouillés de slogans et partageant leurs «soirées au coin du feu»? Il n'y a en effet guère que l'excellent Lausanne-Cités pour sortir des ornières du conformisme idéologique et tailler quelques croupières aux «enfants gâtés» de Prélaz.
Ce que notre municipal n'osera sans doute pas, c'est prendre le risque de voir tous ce ramassis de Gilberts et de Gilbertes se présenter bientôt à la Municipalité.
(Le Coin du Ronchon, La Nation n° 1631, 30 juin 2000)