Internet pour les (sept) simples
Qu'est-ce qu'un conseiller fédéral doit savoir faire pour être un bon conseiller fédéral? Réponse: «surfer» et «chatter» sur internet et communiquer par courrier électronique. C'est du moins ce qu'on peut croire en lisant le Temps.
Est-ce que les conseillers fédéraux savent faire tout ça? Réponse: Ruth Metzler oui, Joseph Deiss oui, Ruth Dreifuss un peu, Moritz Leuenberger a essayé, Adolf Ogi aussi, Pascal Couchepin a dialogué une fois avec des élèves en dictant ses réponses à une secrétaire, et Kaspar Villiger ne touche pas un ordinateur. C'est toujours Le Temps qui nous le dit.
La Confédération va donc une fois de plus dépenser des millions pour empiéter sur les compétences des cantons pour former des enseignants à donner des cours d'internet à des enfants qui, eux, s'y connaissent déjà très bien, qui «surfent» et «chattent» à longueur de journées et qui jonglent aisément avec les formats «jpg» et «mp3».
Et qu'est-ce que le Conseil fédéral veut faire maintenant? Réponse: débloquer quelques millions – en vendant l'or de la BNS ou des licences de téléphonie mobile – pour former les quelque 30'000 enseignants de Suisse dans le domaine des nouvelles techniques de l'information et de la communication. Un «Groupe de coordination pour la société de l'information» (GCSI) a déjà été mis en place. Tout ça est aussi écrit dans Le Temps.
Ne serait-il pas plus pertinent et moins coûteux de faire l'inverse: envoyer quelques enfants pour former nos sept conseillers fédéraux?
(Le Coin du Ronchon, La Nation n° 1629, 2 juin 2000)