Des gifles qui se perdent
Les bons bobos et les mauvais bobos, ou l'indignation sélective de la presse
24 Heures, moyen quotidien des Vaudois de gauche, a mal encaissé les résultats des dernières votations. A la une de l'édition de lundi 13 mars: «Le peuple gifle quatre fois.» Vilain peuple! A l'intérieur du journal, on constate toutefois qu'il y a les bonnes gifles et les mauvaises gifles. Deux seulement ont fait bobo aux pauvres journalistes: celle contre la réduction du trafic routier et celle contre les quotas de femmes.
«Circulez, y a plus rien à voir!» se lamente Guy-Olivier Chappuis. Accusant rituellement «l'artillerie lourde» des défenseurs de la route (mais l'artillerie n'est-elle pas une arme noble?), il réussit à écrire qu'Actif-Trafic a «tenu le choc». Avec 21% de oui, c'est évidemment une manière de voir les choses.
«Amère déroute», tel est l'état d'âme de Christiane Imsand à propos de l'initiative des quotas. Défaite cuisante si l'on considère qu'une proportion considérable de femmes a voté non. Mieux: le canton où le rejet des quotas a été le plus virulent (Appenzell Rhodes Intérieures à 92,9%) possède déjà une conseillère fédérale, tandis que celui qui a le mieux soutenu cette initiative (Genève à 31%)... aurait dû vider l'une de ses deux conseillères aux Etats en cas d'acceptation. Là on comprend que ça fasse mal!
Quant à l'initiative Denner pour une démocratie directe plus rapide, elle a beau avoir reçu le plus fort soutien du week-end (30,2%), cela n'empêche pas Denis Barrelet d'affirmer péremptoirement qu'il s'agit d'une «gifle retentissante». Mais une gifle qui le ravit puisqu'il y voit des «raisons d'être aux anges», notamment parce que «la morale est sauve» (du moins celle de M. Barrelet), et parce que nous avons évité une «démocratie à la hussarde qui peut plaire à des vendeurs de macaronis». M. Barrelet a-t-il le droit d'insulter les macaronis?
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Dans L'Agefi du jour suivant, une dépêche de l'Institut international de la presse nous apprend que 87 journalistes ont été tués l'an dernier dans le monde. Ceux qui ne reçoivent que des gifles devraient s'estimer heureux.
(Le Coin du Ronchon, La Nation n° 1624, 24 mars 2000)